Quand Plume avait deux ans, elle a pris, tout doucement, le chemin de la continence. Trois ans plus tard, nous en sommes au même point : elle sait se retenir mais demande rarement ; à nous de penser à la mettre aux wc, sans quoi c'est la fuite assurée. Là n'est pas la question ...
Quand Plume avait deux ans, donc, elle a pris, tout doucement, le chemin de la continence. Elle ne parlait pas et ne pouvait demander le pot. J'ai testé des signes, ou des sons, qu'elle pourrait utiliser pour se faire comprendre, sans rien trouver de concluant (et pour cause ... je cherche encore !!!). L'orthophoniste m'a alors parlé du langage des signes, et je dois dire que cette découverte a été une révélation dans notre manière de vivre le handicap.
Si les signes n'ont pas été bien efficaces pour annoncer une envie pressante, ils ont permis à ma fille, à son rythme, de participer davantage à nos conversations, d'entrer en relation avec son entourage autrement que par le regard et le baragouinage, de partager ce qu'elle voyait.
Je crois que le premier signe retenu et utilisé à été "encore", puis ont suivi très rapidement "dormir", "livre, "musique", "chaussures", "se laver", "se laver les dents", "boire", "manger", "maison", "jardin", "école", "écouter", "pleurer", "bobo", "médicament", "merci", "pardon", "même", "fini" ... une explosion de signes qui ont donné à ma plume, et à toute la famille, des moyens de se comprendre, de demander, d'aider.
Nous avons tous, au fil des mois, étoffé notre vocabulaire en ajoutant les animaux, les véhicules etc ... A quatre ans, Plume connaissait plus de 40 signes !!!
Lorsqu'elle avait trois ans, Plume a manifesté un grand intérêt pour les couleurs. Je connais les périodes sensibles de Maria Montessori mais je me suis posé de nombreuses questions. N'est-ce pas un peu tôt ? N'est-ce pas un peu compliqué, tous ces signes si différents ? De nombreux signes, les animaux par exemple, sont assez faciles à retenir : les oreilles pour le lapin, les moustaches pour le chat ... Les couleurs sont moins imagées, plus abstraites.
Devant l'insistance de Plume, et les encouragements de l'orthophoniste je me suis lancée. Nous avons commencé par les trois couleurs primaires, tranquillement, puis nous avons enchaîné au fur et à mesure. Le succès a été énorme : ma fille signait des couleurs à longueur de journée pour nous décrire ce qu'elle voyait.
Quand elle est entrée à l'école, l'instit et l'AVS ont pris le temps d'apprendre quelques signes, dont les couleurs. L'orthophoniste et la psychomotricienne ont également utilisé ces signes durant les séances hebdomadaires. Mon bébé a vu tout son entourage l'aider et l'accompagner dans la voie qu'elle avait choisi seule : découvrir les couleurs sans parvenir à articuler correctement.
Je trouve cet élan magnifique. Le handicap, ça devrait toujours être ça : trouver, souvent, des solutions différentes, et voir notre entourage nous suivre, nous encourager, offrir à notre enfant des lieux où il se sent bien même à l'extérieur du cocon familial.
Tout n'a pas été rose, bien sûr. Certains n'ont pas compris, ont pensé que ces efforts étaient inutiles, allaient la retarder dans l'acquisition de la parole. Sur quels critères se base t-on pour juger un effort "inutile" ? Voir ma fille heureuse de nous signer "encore" (et éviter une énorme frustration), épanouie de signer "jaune" quand elle voit arriver la voiture du facteur (et se sentir comprise), soulagée de participer à la vie de groupe en utilisant "pardon" ou "merci" même avec ses copains d'école, est-ce des efforts inutiles ? Aurait-on dû attendre deux ans sous prétexte qu'il est difficile de prononcer "orange" et tant pis si l'envie est passée à ce moment là ?


La suite est logique : ma fille a commencé à inventer les signes dont elle avait besoin et qu'elle ne connaissait pas : "vomi" par exemple (je sais, ce n'est pas très glamour, mais ça nous a été bien utile) et les enfants ont chacun imaginé un signe pour leur prénom. Petit à petit, elle a associé des mots à ses signes ( "merci" par exemple ) puis quand elle a vu que nous comprenions parfaitement ses "mots", elle a, petit à petit, laissé tomber les signes, et nous aussi. Aujourd'hui, elle en utilise quelques uns, par réflexe je pense, mais jamais sans parole associée.
Cette parenthèse dans notre vie n'aura duré que deux ans, mais je ne regrette absolument pas ces efforts pour "si peu".
- deux ans, pour une petite fille curieuse qui veut communiquer, c'est énorme.
- deux ans, dans la vie d'une famille qui doit subir les cris de frustration quotidiens d'une demoiselle en colère, c'est énorme aussi.
- deux ans, cela inclut la naissance de petit N. qui a baigné dans les signes depuis la naissance et a su, très tôt, nous indiquer ses besoins : "encore, "dodo" etc ...
- et puis, finalement, ces signes nous servent encore aujourd'hui : nous les utilisons pour communiquer de loin quand nous sommes séparés durant une fête, quand le bruit est trop fort pour s'entendre, quand nous voulons passer un message à nos enfants qui jouent avec leurs copains : "met ta casquette", "on s'en va", "stop, ne mange pas autant de bonbons".
Pour plus de renseignements, je vous conseille ce livre, qui présente la langue des signes en 40 pages puis illustre de nombreux signes. Il existe aussi en DVD, je suppose que l'apprentissage doit être facilité mais je n'ai pas testé.