Lorsqu'un bébé commence à dessiner, à peindre, il réalise que son action laisse une trace et prend plaisir à expérimenter ce processus : ce n'est pas le résultat qui compte mais l'action en elle-même. C'est ainsi qu'il barbouille, y met tous ses sens, toute sa concentration : il teste ses gestes, observe le résultat, touche et recommence.
N. , février 2015
Les "Waouh, c'est joli !!!", les "Qu'est-ce que tu dessines de beau ?" , les "Attention, tu en mets sur tes doigts" ne font que le déconcentrer. Je crois que le plus beau cadeau que l'on puisse faire à un enfant qui dessine est de le laisser expérimenter, s'approprier les instruments, sans s'extasier, juger, mais en commentant si l'enfant est demandeur : "tu as dessiné un gros cercle bleu, et j'en vois un plus petit ici", "je trouve cette forme très étrange, on dirait que tu t'es bien amusé à la peindre". Ces descriptions montrent mon intérêt réel pour son activité, sans jugement de valeur, sans attendre de lui un "bon" travail. Un bébé, un petit enfant qui peint n'a pas d'intention, il est tout entier dans le présent : laissons lui cette liberté.




Petit N. aime peindre. Je lui propose une couleur à la fois, qu'il choisit lui-même. Il connait maintenant toutes les couleurs, les nomme sans se tromper et commente tout ce qu'il voit, de la voiture grise sur un parking aux images roses d'un livre. Il forme des cercles, commence à colorier et à tracer des lignes horizontales et verticales. En peinture, une couleur suffit pour laisser des traces, essayer, réessayer, prendre plaisir.
Quand je le sentirai prêt, qu'il aura bien profité de cette longue phase de découverte monochrome, nous passerons à l'étape suivante : le mélange des couleurs. Chaque chose en son temps, je veux que la magie opère, et pour cela il ne faut surtout pas presser les choses.
Il existe de nombreuses manières peindre. On peut varier la position du support : horizontale, verticale. Je projette même de scotcher une feuille sous la table pour peindre à l'envers. On peut proposer des pinceaux, des éponges, des brosses à dents, des chiffons, des brindilles, des cotons tiges. Ou rien du tout. On peut varier les supports : feuille, papier alu, objets 3D, bois, cailloux. On peut même peindre à l'eau sur un support sombre type ardoise. Les propositions sont sans limites, même avec une seule couleur, et les expériences riches et variées.





J'aime observer mes enfants dessiner, voir les évolutions, les commenter et les écouter parler de leurs dessins. Ou pas. Après tout, ils n'ont pas forcément envie de décrire et d'analyser. Ils n'ont peut-être même rien à en dire. Et s'ils n'ont pas cherché à faire un "beau" dessin, mon admiration sans limite devant leur trois lignes rouges va sembler un peu excessive. Va leur mettre la pression pour la fois suivante : est-ce que mon dessin est beau cette fois ? Va leur ôter cette spontanéité qui est si belle et si précieuse.
Enfin, si laisser un petit enfant peindre est source de nombreuses découvertes, il ne faut pas oublier que se laver les mains, nettoyer le matériel, font partie intégrante de l'activité et peuvent être tout autant distrayant que la séance d'art en elle-même !!!
Bonne peinture à tous et merci Céline de me prêter ce livre qui tombe à pic. Je vais vite vite me plonger dedans !!!