Etrangement (ou pas), ma fille - qui est si réfractaire à l'école, se bloque, refuse de lire et complète ses fiches avec une grande lenteur - se jette sur les livres de la maison à la moindre question, ne s'arrête jamais d'expérimenter, de chercher et de construire. Lorsque nous promenons, c'est toujours elle la dernière, qui se baisse pour toucher le sable, s'arrête pour ramasser un caillou, lève la tête pour observer un arbre. Fleur apprend. Toujours. Dans la joie et souvent dans le silence. C'est son petit monde à elle. Et que c'est beau de la voir vivre !!!
J'aime lire André Stern, John Holt, Bernard Collot ... J'admire les apprentissages autonomes, et ce fantastique élan qui nous pousse à vouloir apprendre, comprendre le monde, en faire partie. Je suis fascinée par cette concentration, cette auto-discipline, ce sérieux dans la recherche, cette passion dans la démarche.
Et pourtant ...
Un an d'école à la maison, c'est court. Je ne me sens pas capable de faire confiance à Fleur au point de la laisser gérer ses apprentissages entièrement. Des temps seront bien sûr mis en place pour des projets, des réalisations, des rêveries. Mais nous suivrons, en parallèle, un programme et des horaires. Tout en sachant s'arrêter quand une mouche* entre dans la classe ...
Quoi qu'il en soit, quand je laisse ma fille libre, que j'interviens le moins possible, ça donne ça :
- Ce matin, elle a construit un formidable complexe pour les escargots, avec baignade, restauration, mur d'escalade etc ... la structure cinq étoiles des gastéropodes du village !!! Puis elle a observé longuement la vie de ses petits protégés jusqu'à ce que ...
- ... Une bête inconnue la pique ; elle s'est alors précipitée sur son petit guide des insectes pour découvrir le coupable. Comment un événement détestable peut devenir un joli projet de recherche ... ;-)
- Avant-hier, jouant dehors comme c'est souvent le cas, elle a ramassé une plume. Curieuse de tester notre nouveau mini-guide, elle est rentrée en analyser la couleur, la longueur (règle à l'appui), et a conclu à une plume de pigeon.
Ensuite, puisqu'avec une plume, on peut écrire, elle a tenté de dessiner "à vide". Bien sûr, la feuille restait blanche ... Ajoutant un peu de peinture, elle est arrivée à tracer des formes, sans grande précision mais avec beaucoup d'application. Voyant qu'elle commençait à se lasser, je lui ai proposé une plume sergent-major. Mais une plume sergent-major dans la peinture, ça ne donne pas grand chose ... Grand A. , qui passait par là et a vite compris le problème, est allé chercher une cartouche d'encre ... Et voilà ma grande Fleur qui, après plusieurs essais mitigés, mais néanmoins formateurs, est arrivée à tracer, à la plume, des signes fins et précis .
- Et aujourd'hui, qu'a fait ma Fleur dans le jardin ? Elle a rapporté une nouvelle plume, bien sûr. De merle cette fois. Du moins c'est ce qu'elle a conclu.
Et quand bien même elle se tromperait, l'essentiel n'est pas dans le résultat mais dans la démarche : un petit scientifique, comme un grand, tâtonne, se trompe, recommence.
Pour l'accompagner, je dois intervenir très peu, de manière réfléchie et sans m'imposer. Je dois surtout veiller à ce que notre maison soit bien pourvue en documentations diverses et variées, à ce que les expériences de mes enfants soient considérées avec le sérieux qu'elles méritent, à ce que des outils en tous genres soient à portée des "moyennes" mains, avec ou sans surveillance de notre part.
Un enfant apprend en permanence. A nous de travailler notre attitude pour ne pas le freiner. Notre culture, notre logique, notre impatience, nous conduisent souvent loin de cet accompagnant "parfait", respectueux et bienveillant, ni trop bavard, ni trop perfectionniste. C'est le "ni trop bavard" qui me pose le plus de problème ...
(démontage du vieux lecteur dvd, automne 2014)
*"La pédagogie de la mouche", Bernard Collot