Lorsque nous avons décidé de déscolariser Fleur, nous avions plusieurs idées en tête :
La première, et la plus importante : lui permettre de souffler. Fleur saturait, faisait de grosses colères, avait besoin de temps pour elle, pour rêver et pour grandir. Clairement, le rythme de l'école ne lui convenait pas, elle était en manque de dessins et de projets personnels. Elle passait souvent des parties de récréation dans la classe pour finir son travail et le vivait très mal. Faire les devoirs à la maison était un enfer, j'avais l'impression, véritablement, qu'elle prenait cela comme une agression.
En un an, je pense qu'elle a grandit. Je la sens prête à retrouver l'ambiance classe, prête à suivre un rythme plus intense sans perdre pied.
Seconde raison : son manque de confiance en elle. Si, aujourd'hui, il faut encore être derrière elle pour l'aider à franchir certains caps ( prendre le télé-siège, nager sans brassards ... ) il ne s'agit plus de blocages systématiques comme l'an dernier mais plutôt de son caractère : Fleur n'ose pas se lancer.
Je me souviens de sa crise de larmes lors de sa première récitation de poésie avec moi en octobre : elle avait fait une seule erreur et ne le supportait pas !!! Aujourd'hui elle vit mieux l'échec, accepte plus volontiers de se tromper, donne ses sentiments de manière claire si ça ne va pas, souvent de façon très "sage" et humble, mais sans se braquer. Elle rit parfois de ses erreurs et comprend leur intérêt (de manière générale). Ma fille croit en elle et réalise petit à petit qu'elle est capable de réaliser de grandes choses.
Troisième raison : son niveau. Et un soupçon de dyslexie que l'orthophoniste n'a pas pu confirmer lors du bilan de juin 2015.
En maths et français, le programme de CE1 est bouclé. Les progrès en lecture sont énormes, même si elle a besoin, parfois, d'un peu de temps pour tel ou tel mot compliqué.
En ce qui concerne l'écriture, l'envie est venue petit à petit. Sans forcer. En douceur. Nous avons progressé à son rythme et je faisais très attention à ne pas la mettre en échec en début d'année. Fleur a toujours eu une très jolie écriture, mais elle ne prenait plus aucun plaisir à copier des lignes et des lignes, en sachant d'avance qu'elle n'allait pas y arriver. Elle confondait b/d, an/na, p/q etc ... C'était trop pour elle : à la fois s'appliquer et transformer le script du livre ou de la fiche en cursif sur son cahier, tout en répondant, en plus, à une question posée. Jusqu'aux vacances de Toussaint, elle n'a copié que des textes dont le modèle était en cursif, le temps de se détendre un peu et de repartir de zéro. Nous avons introduit les changements script/cursif à partir de novembre dans des exercices très ciblés : une phrase à copier, avec pour seule consigne de faire attention aux lettres.
Aujourd'hui, Fleur recopie d'elle-même des définitions du dictionnaire (!!!) et elle s'amuse :-)
Je reste cependant inquiète en ce qui concerne son langage oral.Elle comprend bien les textes lus mais a du mal à s'exprimer, à trouver ses mots, ce qui entraîne une langueur assez importante dans ses paroles et la pénalise beaucoup (en calcul mental, par exemple, il lui est difficile de donner le résultat à voix haute, non parce qu'elle ne connait pas la réponse mais parce qu'elle ne sait pas dire le nombre sans hésiter longtemps). Cela ne semble pas la complexer dans sa vie quotidienne mais je songe de plus en plus à lui faire pratiquer un second bilan ortho.
En maths, tout le programme semble clair. Ses créations en géométrie sont propres et soignées, elle est appliquée et précise. Nous continuons régulièrement le calcul mental durant l'été, ainsi que la lecture de nombres que je note en chiffres sur le tableau.
Enfin, Fleur est rêveuse. Vraiment rêveuse. Elle se déconnecte parfois. Bloque complètement. Durant de longues minutes, elle s'évade et n'arrive plus du tout à revenir. Puis elle perd le fil. En classe, cela l'handicapait beaucoup. Nous avons travaillé l'autonomie, la concentration, mais je reste inquiète à ce niveau là : quand Fleur s'échappe, il est vraiment difficile de la ramener parmi nous. Elle avoue elle-même qu'elle n'arrive plus à réfléchir, qu'elle a fait "trop". En maths, cela est plus qu'évident : une minute elle résout un problème sans difficulté et la minute suivante elle n'arrive pas à calculer 19 - 1 ...
J'aime sa douceur, sa gaieté et son univers : ma fille est un papillon. Mais mon papillon, de plus en plus, va devoir se concentrer longtemps. Espérons qu'elle se connaîtra assez pour faire une pause discrètement quand elle se sent partir, en dessinant une minute sur son cahier de brouillon par exemple, pour ensuite se remettre au travail sans trop de mal.
Pour terminer, voici mes impressions sur cette année magique avec ma grande fille et mon petit garçon. Tellement de bons moments, de belles réussites, de complicité. Beaucoup de travail pour moi, mais un travail qui m'a passionné, que j'ai adoré préparer.
Si je dois noter un regret, cela dit, c'est de ne pas avoir été plus entourée. Alors qu'une instit, un atsem, une nounou, "travaillent", une maman en IEF n'est rien de plus qu'une maman au foyer. C'est à dire, dans l'inconscient collectif, une personne sans intérêt, qui regarde des soaps pour tuer le temps, ne s'intéresse qu'aux potins de village et est "hors du monde". Mis à part de nombreux "Moi je ne pourrais pas, tu es courageuse" sans s'attarder le moins du monde sur le sujet, peu de personnes ont été là pour me poser des questions, m'écouter avec intérêt, m'aider si besoin.
Je n'ai jamais fait ça pour la reconnaissance, mais, malgré tout, un immense merci à celles et ceux qui m'ont encouragé, qui m'ont posé des questions sur mes projets, mon état d'esprit ou les progrès de Fleur, qui m'ont conseillé des livres ou des sites, qui m'ont écouté quand j'en avais besoin !!!