Quand j'étais plus jeune, j'étais une grande fan du "
Club des cinq".
J'avais une belle collection de livres que je relisais régulièrement. Je ne me suis jamais sentie freinée par une richesse littéraire incompréhensible (!!!), je me souviens même avoir souvent rit avec ma soeur de ces "repas copieux" et autres expressions un peu pompeuses.
Quand mon grand A. est entré en CE1, il y a deux ans donc, j'avoue avoir été gênée par ses textes de lecture : du langage courant à toutes les sauces, du présent, du passé composé, un vocabulaire d'une grande pauvreté.
Il faut faire aimer la lecture aux enfants ... je suis bien d'accord, mais leur mâcher le travail n'en fera pas de meilleurs lecteurs pour autant. C'est du moins mon opinion : si j'aime lire de belles descriptions de Zola, c'est aussi parce que, plus jeune, j'ai apprécié des "repas copieux" et autres joyeusetés qui ne m'étaient pas ordinaires.
Je ne sais plus quand ni comment j'ai découvert la pédagogie Charlotte Mason. Je sais seulement que, enfin, j'ai trouvé des listes de livres qui me parlaient, des principes qui me plaisaient vraiment : offrir aux enfants de beaux textes, les familiariser avec de belles histoires, bien écrites, qui développent l'imagination. Les respecter en leur apportant une vraie richesse de mots, d'expressions, de temps ... ah ! le fameux passé simple, comment l'apprendre facilement s'il nous est inconnu ?
Depuis cet été, j'ai lu à mes deux grands, parfois aux petits également, "
La gloire de mon père", "
Les malheurs de Sophie", "
Le château de ma mère", "
Fifi Brindacier", "
Le petit prince", "
Les contes d'Andersen".
Actuellement, nous lisons en classe avec Fleur "
Mythes grecs pour les petits" et avec mes deux grands le soir un de mes fameux "
Club des cinq".
Nos "débuts" n'ont pas été simples, j'ai dû insister un peu : Pagnol n'est pas forcément évident pour une petite fille de 7 ans. J'ai commencé en lisant deux pages par jour, puis un peu plus. Puis un peu plus encore. En deux semaines seulement, mes deux grands se sont plongés avec délice dans la garrigue de Pagnol, et n'ont plus jamais râlé contre une absence d'image ou des descriptions trop longues.
Si je parle de cette expérience, ce n'est pas pour présenter Charlotte Mason :
d'autres l'ont
fait beaucoup mieux que je ne pourrais le faire. Je voudrais simplement faire un constat : nos enfants baignent dans une pauvreté littéraire énorme. Tout leur est facile, tout leur est familier !!!
(Je précise cela dit que je suis très contente des deux instituteurs actuels de mon grand A., qui offrent culture et diversité de textes jusque dans les devoirs de conjugaison !!!)
C'est ainsi que j'ai eu l'occasion, récemment, le feuilleter un nouveau "Club des cinq". Par nouveau, j'entend "nouvelle version". Les textes ont été réécrits.
Que dis-je ? Les textes ont été appauvris, coupés, vidés ...
J'en suis choquée, vraiment : je ne pense pas avoir été plus intelligente, plus cultivée ou plus motivée que mes enfants au même âge. Pourquoi sont-ils traités avec autant de condescendance ? Pourquoi n'ont-ils pas droit, comme moi au même âge, à un accès au passé simple, à la forme interrogative ou à quelques informations sur la ville de Grenoble ?
Un petit exemple de plus, je ne vous donne pas l'origine, je pense que vous devinerez sans problème ...
La tendance actuelle est de simplifier, toujours, d'éviter l'effort et le recours au dictionnaire ... Mais ces efforts sont nécessaires !!! Ce n'est pas l'appareil qui fait les jolies photos. Ce n'est pas le four qui fait les bons gâteaux. Ce n'est pas le vélo qui fait les mollets en béton.
Et ce n'est pas des livres appauvris qui font des bons orateurs, des passionnés de Flaubert et des écrivains célèbres. Qui font des élèves à l'aise avec la forme interrogative et le passé simple. Entre autres.
Pour finir, je précise que, si j'apporte beaucoup de soin au choix des livres de mes enfants, je varie les styles, les genres, et m'adapte à leurs goûts : Fleur lit actuellement "Yotsuba&" et mon grand A. dévore les BD de Léonard.
Bonne lecture à tous :-)