Afin de travailler un peu l'orientation avec M. , j'ai acheté cet été un jeu de dominos que je trouve très bien fait : associer des images et les placer correctement, être assez précise pour fermer la boucle à la fin, exercer la précision, la logique et bien entendu le vocabulaire.
Parfois, nous jouons un tour chacune, parfois elle joue seule.
Il y a deux semaines, M. a voulu s'installer à table. Etant donné la taille du jeu, je ne trouvais pas l'idée très commode mais elle y tenait. Soit.
Voilà donc ma plume qui commence à jouer. Elle a fait ce qu'elle a pu, mais ses bras étant trop courts, elle a du descendre de sa chaise pour s'installer en face. Et continuer ses dominos, à l'envers !!!
Elle a analysé, réfléchi et c'est avec beaucoup d'aisance qu'elle a terminé sa boucle. Finalement, faire des dominos sur la table a un énorme avantage : celui d'obliger le joueur à s'adapter. Moi qui voulais lui faire travailler l'orientation, c'est gagné.
Depuis le printemps, M. dessine spontanément de jolis bonhommes. Celui de la photo date de mai, elle avait 4 ans et 2 mois. Petit à petit ses bonhommes prennent vie, elle annonce à l'avance qu'elle va faire maman, papa etc ...
A la place du menton elle trace un petit cercle, je n'avais jamais vu ça. L'école peut-être. Ou bien sa propre représentation.
Depuis quelques semaines il lui arrive aussi de dessiner maman qui pleure, sa soeur qui pleure, son frère qui pleure ... elle barbouille tellement le visage qu'on ne voit plus rien.
Et puis, nouvelle expérience, que j'associe aux dominos : M. se met à dessiner à l'envers !!! Quelques jours après la fameuse séance des dominos sur la table, voilà ma plume qui s'applique à tracer un cercle, à le remplir de points, d'un trait, avec une grande concentration. Puis, son "travail" terminé, elle le retourne et constate, fièrement, qu'elle a bien, devant elle, un visage (le violet sur la photo, qu'elle regarde à l'envers)
Tout est lié, tout s'accumule, se mélange et fait grandir. L'essentiel est de ne pas trop guider, de ne pas trop commenter, pour laisser à l'enfant le choix de ses expériences et de ses apprentissages.
Je me souviens, cet été, avoir demandé à F. qui dessinait : "Et là, tu vas faire quoi ?".
Elle m'a regardé, étonnée ; ce qu'elle allait faire ensuite, elle n'y avait pas encore réfléchi. Dessiner est son plaisir ; très souvent elle ajoute des bulles, fait parler ses personnages, ses licornes, ses girafes. Et moi, j'ai rompu cette belle concentration en voulant aller trop vite, planifier et organiser.
Dessiner, écrire, colorier, devraient toujours être des plaisirs pour les enfants. Et moi, je devrais vraiment lire Arno Stern !!!




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