Samedi, grand A. a coincé les doigts de Plume : il a fermé la porte sur ses petits doigts et elle a eu très mal. Vraiment très mal. A tel point que nous, adultes, nous sommes précipités pour la consoler, lui passer la main sous l'eau, vérifier que rien n'était cassé. Ouf, plus de peur que de mal pour la demoiselle !!!
Bien sûr, grand A. n'a pas fait exprès. Bien sûr, il n'a pas été puni. Bien sûr, je ne lui ai pas fait la leçon : je crois que voir sa soeur hurler ainsi a été suffisant.
Mais ce que j'ai fait est tout aussi terrible : je l'ai agressé. Lui qui se tenait en retrait, sans chercher à consoler, à aider sa petite soeur, je lui ai imposé " tu pourrais quand même venir t'excuser, voir comment elle va !!!". J'ai accusé mon fils d'être insensible alors que, figé dans son coin, il était certainement tout sauf ça. Je ne l'ai pas regardé, toute occupée, à soigner sa soeur, mais je me suis sentie en droit de juger son comportement, de lui dicter ce qu'il devait faire ...
Grand A. est venu, il a dit pardon, il a fait un petit bisou. Cinq minutes plus tard il était infernal, sautait partout, criait quand il n'était pas d'accord, s'ennervait pour un rien. Nous n'étions pas seuls, j'étais certainement un peu distraite, je n'ai pas fait le rapprochement avec la blessure de Plume.
Au moment, de passer à table, devant son refus et son obstination, je l'ai entraîné à l'écart (chose que j'aurais du faire une heure avant, je regrette).
Je lui ai demandé, calmement, de m'expliquer d'où venait cette attitude, de me dire ce qui n'allait pas. "J'ai l'impression que tout le monde m'en veut d'avoir fait mal à ma soeur". Nous avions réagi à son attitude (il sautait, criait ...) sans penser à autre chose qu'à ramener le calme. Nous avions réagi aux symptômes sans en chercher la cause !!! Lui s'est senti accusé, harcelé peut-être, incompris, et, dans son corps, cela a pris des proportions énormes : au bout d'un moment, il ne se contrôlait plus.
Nous avons parlé, j'ai essayé de mettre des mots sur ce qu'il n'arrivait pas à formuler et il me disait si j'avais raison ou non. Quand j'ai dit "tu aurais voulu qu'on comprenne que toi aussi tu n'allais pas bien" il a éclaté en sanglots. Ces sanglots libérateurs qui ne demandaient qu'à sortir, depuis une heure déjà.
Bien sûr qu'il était désolé, bien sûr qu'il se sentait coupable, bien sûr qu'il n'allait pas bien et avait besoin de soutien lui aussi. Comment ai-je pu ne pas le voir ? Comment ai-je pu discuter tranquillement avec les autres adultes sans me demander pourquoi mon grand était si difficile tout d'un coup ? Et surtout : comment ai-je pu croire, même quelques secondes, que mon enfant était froid et insensible ?
J'ai confiance en mon grand bébé, il sait toujours s'excuser et trouver les bons mots, spontanément, même une heure après, même le lendemain. Quand il se sent coupable, il attend d'être prêt et engage la discussion de lui même, n'est pas gêné de dire pardon et ne considère pas cela comme une humiliation.
Et moi, je lui ai imposé des excuses là, tout de suite, devant tout le monde, même s'il n'était pas prêt. Même s'il était choqué et avait besoin d'un peu d'attention. D'un "On a eu très peur mais finalement ta soeur va bien".
Je me suis excusée, bien entendu. Sincèrement. Et j'ai vu du soulagement dans son regard. Puis il s'est mis à table, calme et apaisé.
La violence envers les enfants, ce n'est pas seulement une grosse claque ou une insulte. C'est parfois aussi ces petites attentions que l'on n'a pas, ces petites phrases qui piquent très fort, ces appels au secours que l'on considère comme des provocations, ces couches que l'on change sans un regard pour bébé, ces élans de jeux que l'on casse sans avoir prévenu à l'avance pour un bain, un départ à l'école, un repas qui doit être pris à l'heure.
Un enfant a besoin de respect, de sécurité, de confiance et d'amour inconditionnel. Et le meilleur moyen de lui apprendre à dire pardon, c'est de savoir s'excuser soi même. Pardon mon grand bébé ...
Plus je te lis, plus je t'admire !! Je trouve les relations frères-sœurs difficiles à gérer. J'ai du mal à me positionner, où et quand intervenir. Il va falloir que je me mette en mode observation...
RépondreSupprimerJe ne crois pas que mon attitude soit admirable Céline, je fais beaucoup d'erreurs et je suis la première à le reconnaître :-/
RépondreSupprimerJ'ai beaucoup travaillé la communication ces dernières années et je dois dire qu'encore aujourd'hui je suis souvent surprise de ma facilité à désamorcer certaines crises par des mots calmes et sincères. Parfois, quand les petits commencent à parler fort, à crier, que le bruit me gêne, je leur répond en chuchotant et l'effet est immédiat : sans aucune instruction de ma part, ils m'imitent et baissent le ton.
Il arrive aussi que mes vieux réflexes resurgissent, que je m'énerve et parle sans réfléchir (c'est de plus en plus rare, ouf, et le plus souvent hors de chez nous quand il y a du monde autour, j'ai cerné le problème). Je n'en suis pas fière mais je tente d'en tirer des leçons et de faire mieux la fois suivante. Et surtout : je m'excuse, mes enfants le méritent.
Oui, c'est tout ce travail et ce cheminement que je trouve inspirant... ! Je trouve que le métier de maman à plein temps est difficile car tous les jours il faudra trouver des ressources en nous même pour avancer, et cela sans compter la fatigue physique...
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