Pour elle, j'aurais souhaité la normalité.
Même si ça n'existe pas la normalité.
Même si ce serait triste, finalement, d'avoir un enfant normal : moi, je n'ai que des enfants extraordinaires !!!
M. est en bonne santé. Elle chante, à sa manière. Elle commence à sauter. Parfois, elle nous dit avec qui elle a joué, à l'école, elle nous dit qu'elle a mangé un gâteau d'anniversaire.
Elle est heureuse, je crois.
Alors nous aussi.
Oui, j'aurais voulu mieux pour ma fille. Mais surtout, je ne veux pas de pitié. Je me souviens, à sa naissance, des "nous avons appris votre malheur". Quoi ? Ma petite plume est là, dans mes bras, toute belle, je ne veux pas entendre le mot "malheur". Nous sommes inquiets, certes, très très inquiets, mais pas malheureux !!!
Pour notre famille, l'arrivée de M. a été une énorme chance. J'ai appris tellement grâce à elle !!! Et puisqu'elle est heureuse, pourquoi serions-nous malheureux ?
J'ai changé. J'ai appris à observer. Cela parait évident, et pourtant, observer chaque progrès (pas seulement les étapes classique comme la marche, mais toutes ces étapes intermédiaires, ces petites victoires quotidiennes qui semblent si secondaires), apprendre à observer donc, c'est dur. Se mettre en retrait, intervenir le moins possible, tenter de voir à travers le regard de son bébé, trouver quoi proposer et à quel moment le proposer, ça demande de la disponibilité et de la concentration. Pas de téléphone pendant que bébé s'amuse. Surtout pas de télé. Observer ses enfants, c'est un grand bonheur, pour quiconque aura essayé vraiment. Je ne m'ennuie jamais en observant mes enfants, je suis fascinée.
J'ai changé. J'ai appris à prendre les choses comme elles viennent. Sans chercher à voir plus loin. Sans paniquer. Non, ma fille n'aura pas tout ce qu'elle souhaite dans la vie. Mes autres enfants non plus, cela dit. Pour autant, je ne pense pas à leur avenir en permanence. Quand M. est née, on m'a parlé de classes spéciales dans les collèges par exemple. C'est étrange, pourquoi ne m'a t-on pas parlé de collège pour mon grand A. ?
"A chaque jour suffit sa peine", non ?
Bien sûr il y a des dossiers à remplir à temps, des rendez-vous à prendre six mois plus tôt. Mais le futur métier de ma fille est le cadet de mes soucis. J'aime mieux réfléchir à son prochain noël et à ce qui lui ferait plaisir.
J'ai changé. J'ai appris à m'entourer. Je ne veux plus dépendre de ces docteurs qui me prennent de haut. Je veux faire partie de l'équipe. Le CAMSP est formidable pour ça car je peux donner mon avis, poser des questions, dire ce qui ne me convient pas. L'école est formidable pour ça car on discute sans tension, la maîtresse est ouverte et vraiment investie. Passionnée. Le généticien est un monsieur vraiment attentionné, qui ne considère pas ma fille comme un dossier.
En chemin, j'ai laissé tomber quelques docteurs, des chauffeurs d'ambulance, des connaissances. Sans regret.
Notre équipe, c'est celle qui nous respecte, qui nous conseille sans nous obliger, mais qui nous oblige si c'est nécessaire. Restons humbles, tous veulent le bien de M. : s'opposer par principe n'est pas la meilleure solution. Parfois, je me sens agressée, mais communiquer vaut mieux que s'énerver. J'y travaille, j'y travaille ...
Chaque enfant est unique, chaque enfant mérite qu'on l'observe, qu'on le respecte, qu'on l'aime. Je n'ai jamais acheté de livre sur la trisomie 21, je ne veux pas regarder ma fille avec une grille de lecture dans la tête. Les docteurs sont là pour ça de toute manière.
Moi je suis sa maman. J'ai changé grâce à elle. Toute la famille a changé. Et nous avons beaucoup de chance, elle est géniale.
Alors votre pitié ...



Aucune pitié pour une maman qui a la chance d'avoir quatre si beaux enfants! ;o)
RépondreSupprimerMagnifique message, magnifique partage ... je vous lis depuis peu et j'avais très envie de vous écrire un petit commentaire. Il parait que ce sont les enfants qui choisissent leur parent, visiblement Plume ne s'est pas trompée!!
RépondreSupprimerP.S: Joli portrait de famille en noir&blanc
Merci beaucoup pour vos messages, ça me fait très plaisir.
RépondreSupprimerIl me semble que ce sont les bouddhistes qui voient la famille de cette manière. C'est une belle manière de penser :)
Un message très émouvant et porteur de joie et d'espoir... Le portrait de votre fille est magnifique.
RépondreSupprimerMerci Céline
RépondreSupprimerQuelle belle famille tu as! Quelles jolies photos tu nous fais le plaisir de nous montrer! Merci pour ce beau texte, très touchant, beau et vrai :-)
RépondreSupprimerMerci Julie :)
RépondreSupprimerTu possedes deux jolies plumes, M. La plus jolie bien sur mais ta plume pour ecrire est superbe aussi. J'aime beaucoup te lire et moi qui te suis depuis un bon moment' je t'assure n'avoir jamais associé lemot "pitié" a ta si jolie famille. ;)
RépondreSupprimerMerci Laeti, ça me fait vraiment plaisir !!!
RépondreSupprimerLe mot "pitié", je l'associe plus aux réactions de certains quand ils ont appris le handicap de M. et aux docteurs que j'ai vu à sa naissance, si tu avais vu leurs regards !!! Et puis d'autres de temps en temps, mais je me suis endurcie depuis, ça ne m'affecte plus de la même manière, et souvent je crois qu'il s'agit de gêne, de maladresse ou de compassion plus que de véritable pitié.